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31/1/2026

La nuit bat du COEUR

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Poésie hypnose
Je la regarde dormir...
Je la regarde dormir, elle est plongée dans un sommeil profond. Elle soulève légèrement le drap à chaque inspiration, on dirait que la nuit bat du cœur. Dans la chambre, un voile de lumière pastel, celle de la rue, une couleur orangée. Juste le souffle de sa respiration. La maison endormie. Le lit est chaud, douillet. Parfois, le parquet craque. Pas d'autres sons.

Je la regarde dormir et je pense à toutes ces années. Nos années. Des souvenirs remontent, très courts, fugitifs, ils s'enchaînent et forment une ronde, compacte, intense. J'aimerais la réveiller pour lui dire que je suis heureux de penser à elle, que je me sens bien, là, avec elle. Et je reste silencieux, immobile. Attentif et rêveur. Demain je lui dirai, ou j'oublierai. Dans mes souvenirs se mêlent des éclats de rire, le sien surtout, sa façon de replacer une mèche, ses hésitations devant la carte d'un restaurant, son regard si intense à la naissance de notre fille, et puis d'autres moments, sombres et heureux. Des petites choses incrustées dans ma mémoire, comme de minuscules diamants qui illuminent ma vie. Il me faut attendre la nuit pour les voir briller.

Je la regarde dormir et je la trouve mystérieuse, plongée dans ses rêves, dans ses secrets. On parle d'intimité mais je dois admettre qu'elle me surprend souvent, elle m'étonne. Je ne connais rien d'elle ou si peu. Elle m'échappe et pourtant, quel paradoxe, elle dort à mes côtés, soulevant tranquillement le drap à chaque inspiration. Dans la pénombre, je ne distingue que sa silhouette et surtout ce qui nous lie, un lien invisible qui semble prendre corps la nuit, comme une matière qui nous réunit. Et je ressens ce lien, comme le drap qui nous recouvre, la chaleur qui nous entoure. Je le vois si clairement dans la pénombre de notre chambre, que je n’ai plus besoin de certitudes pour le nommer. Il est là. Il existe. Faut-il des preuves de l’évidence ? Alors je la regarde dormir. Dans cette veille silencieuse, entre deux inspirations, sans tout à fait comprendre, je deviens le gardien du grand mystère. La nuit peut continuer de battre du cœur.

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30/1/2026

L'ordinaire du quotidien sans mise en scène

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Banalité quotidien extraordinaire
La beauté dans l'ordinaire du quotidien
Sur le frigo, des images de tous ces endroits que nous avons visités. Magnétiques et savamment disposés, les aimants constituent une myriade de couleurs et de formes, des rectangles, des objets, des reliefs. Cela n'aurait pas sa place dans un magazine de décoration, mais nous vivons dans un espace réel, qui a une autre odeur que celle du papier glacé. Une cuisine ordinaire, pas comme celles où tout est rangé, rien ne dépasse, une cuisine qui sert et que nous essayons d'aménager de façon pratique, agréable et chaleureuse.

Sur le plan de travail traînent deux, trois trucs, des chargeurs, une bouteille de vin, des dessous de plats, des boîtes, couteaux et cuillères de service. Une bouteille de produit vaisselle aussi. Et une éponge. Dans les magazines, rien. Tout est dégagé, gommé, caché, planqué. Toute trace de vie a disparu. Même les chambres des enfants semblent sortir de leur housse en plastique, on dirait qu’elles n’ont jamais servi. Aucun jouet, aucun bazar, aucun vêtement jeté sur le lit... Rien. Pour que ce soit beau, faudrait-il éliminer toute trace de vie quotidienne ?

Vivre normalement serait-il si vulgaire ? 

Les photos des magazines s'attachent à montrer l'extraordinaire, des "biens" exceptionnels, des pièces rares, du style, du goût. Et c'est vrai que c'est beau. Il manque juste une dimension, celle de l'ordinaire, du shampoing mal fermé dans la salle de bain, des brosses à dents rigolotes pour les enfants, du tube de dentifrice plié et replié et roulé, et reroulé parce que “pas eu le temps d'aller en acheter”, des chaussures devant le placard à chaussures... bref, de tout ce qui manque quand ça n'est plus là. De tout ce qui nous rend si humains et attachés aux lieux dans lesquels on grandit.

Pour la mode, c'est pareil. En photo, l'exceptionnel, et en réalité, le fonctionnel, ce qui se porte toute une journée, des souliers accueillants, des vêtements chauds en hiver. On peut rêver devant les magazines, mais gardons confiance, c'est l'ordinaire qui nous tient, ne le toisons pas. Les objets déplacés, les traces d’usage, le désordre vivant : tout ce qui ne se met pas en scène et nous permet d'habiter le monde.

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29/1/2026

La saison des élections municipales

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Campagne électorale marchés
Campagne électorale sur le marché...
La saison des élections a commencé ! Des candidats, des propositions en cascade... Les locaux sont inaugurés. Des espaces un peu trop grands, trop vides, décorés d'affiches sur lesquelles le candidat sourit, le visage rougi par le froid, seul ou en équipe, sur fond de ville ou de village. Des permanences comme on dit, s'alignant dans la même rue, le même quartier, rarement en périphérie. Des slogans courts, une gestuelle, des constats, des bilans, des slides. Face caméra, un sourire crispé ou placardant une triste mine en dénonçant les abus, les “gabegies” (il est joli ce mot, non ?) que "l'on a trop laissé passer".

A chaque fois que je regarde ces clips de campagne, je pense au Schpountz, à Irénée Fabre (Fernandel), un épicier se rêvant acteur qui récite le code civil en mimant le comique, le pensif, la crainte, la pitié... Des gestes et des sourcils expressifs, un public conquis.
​


​Le samedi, au marché, de petits groupes se succèdent, brandissant un prospectus. Certains s'excusent d'être là, d'autres s'offusquent lorsque l'on décline l'offrande. Ça discute ferme : "Oui, ça aussi j’en ferai ma priorité !". Des sourires, la tête penchée pour mieux écouter, un air inspiré et des yeux qui se promènent tout autour pour vérifier la concurrence ou l’arrivée de Madame la Préfète. Évidemment, on aimerait rencontrer plein de gens, serrer des mains, convaincre, mais... mais il y a dans chaque marché, quelqu'un de plus insistant que les autres, qui a tant de choses à dire, de conseils à donner. On lit dans le sourire figé du candidat, dans les spasmes de ses jambes trop immobiles, dans son regard flottant, cette prière intime : "Seigneur, faites qu'il parte acheter ses poireaux ! Et qu'il vote pour moi !"

Par terre, des fascicules chiffonnés. On ne ramasse que les siens et on shoote dans les autres. Parfois, les candidats se croisent, des grands bonjour, du "respect républicain bien sûr". Et puis chacun balance sa blagounette au fromager du coin, pauvre témoin, acteur malgré lui d'une scène de guerre.

Et quand le marché se vide, il reste des candidats qui essaient. Maladroitement, parfois. Mais debout, au milieu du bruit et des poireaux. Merci à eux.

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27/1/2026

Tellement vivant

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vivant bord de mer
Thérapie du bord de mer
Marcher sur du sable mouillé. Un sable dur, tassé. Et sous la plante des pieds, laisser une drôle d'empreinte, des formes longues, plus enfoncées au talon. Une vague approche, estompe la trace, puis repart aussi tranquillement qu'elle n'est arrivée. A chaque pas, la même danse, un va-et-vient permanent, un rythme apaisant, et ce qu'il reste du passage disparaît dans l'immensité de l'océan. Irrémédiablement. 

Dans ce mouvement, personne ne s'attache à l'empreinte. Juste marcher, respirer l'iode, sentir le froid de l'eau entre les orteils, les petits coquillages aussi. Le regard se pose sur l'horizon, frêle ligne embrumée, sur l'étendue plate de la plage déserte en cette saison. Marcher sur du sable mouillé, en hiver, seul au milieu des éléments, dans le vent, le froid piquant. Se sentir vivant, heureux, protégé sous un manteau chaud, les pieds rougis et blancs dans un peu d'eau, et les traces sous la plante des pieds s'effacent inéluctablement.

Observer les oiseaux volant à la surface de l'océan. De petits groupes, se protégeant les uns les autres. Une escadrille joyeuse, vive, virevoltant au gré des vagues molles. On dirait qu'ils marchent sur l'eau, qu'ils courent. Leurs ailes frôlent la surface de l'eau, formant une légère onde à chaque battement. Et je sens mon cœur palpiter de plaisir, et les oiseaux disparaissent au loin, emportés dans le diffus du brouillard.

Sur le sable, de petites bulles éclatent, pétillantes, transparentes, pures et fugaces. Partout ça vit. Tout respire, vibre. Et moi aussi. Alors je m'emplis d'air, inspirant furieusement par le nez, soufflant doucement par la bouche. Face à la mer, la tête levée vers le ciel, je respire, plus vivant que jamais. Je m'emplis de vie aussi et derrière moi, les vagues ont effacé mon passage. La lumière jaillit de l'océan et du ciel. Je scintille, je le sens.
​

Un tremblement d'être dans le frémissement du vivant. 

Aucune trace de mon passage, qu'importe. Ici et maintenant, je suis vivant. Tellement vivant.
​

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26/1/2026

T'es où? ou la tyrannie du téléphone portable

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portable présence au monde
"T'es où ?" - ou la tyrannie du téléphone portable
"T'es où ?" : Une question réflexe, apparue avec les téléphones mobiles. Les bruits de la circulation transforment le "t'es où" en "t'es en voiture là ?" suivi d'un : "tu vas où ?"

On interroge beaucoup l’autre sur la place qu’il occupe, sur ses agissements, ce qu’il fait. Nos questions à l'autre tournent autour de la façon dont il occupe l'espace, sur l'existence visible, le réel comme on dit. Des questions directes ou parfois détournées : "je ne te dérange pas ?" invitant fortement l'autre à dire ce qu'il était en train de faire - ou ne pas faire - pour être - ou ne pas être - dérangé. Pour Michel Foucault, ce type de question convoque l'idée d'une surveillance banale, une oppression douce, presque sympathique, intégrée aux échanges ordinaires. Charmant...

C'est bizarre, la réponse à “t’es où” devient le moteur d'une conversation qu'on aurait peut-être voulue différente en appelant. J'avais une intention de prendre des nouvelles, de savoir comment l'autre allait et je lui ai demandé où il était. J'avais besoin de poser cette question dont la réponse, anecdotique, oriente fortement notre échange... Hartmut Rosa a beaucoup travaillé sur “l'hyper disponibilité relationnelle” où le lieu décide de la qualité d'une relation avant même que la relation n'advienne : « La modernité vise à rendre le monde toujours plus disponible, atteignable et maîtrisable. »

"T'es où ?" suppose une réponse. Un échange de données, comme une clé nécessaire à la compréhension de ce qui vient d'être dit. Il semblerait que l'on comprenne mieux l'autre, surtout s'il est proche, quand on le situe dans un environnement. Pourtant, selon Levinas, l'autre commence véritablement là où il échappe à toute mise en situation, à toute tentative de le comprendre par ces mêmes données.

En forçant le trait :
Il faudrait presque "être quelque part" pour être...
Alors peut-être se souvenir que pour Heidegger, un être humain n'est pas un point dans l'espace mais davantage un "être-au-monde". La question pourrait alors devenir "Comment es-tu présent à ton monde, là, maintenant ?". Je crois que les réponses en seront autrement plus fécondes… il faudra, en revanche, prendre le temps d’écouter !

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21/1/2026

Les modes du monde spirituel

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marketing spiritualité
Dérives du marketing dans la spiritualité
Le monde de la spiritualité n'échappe pas à la règle : il est sujet aux modes et tendances. Aujourd'hui,  des savoirs ancestraux s'habillent souvent de paillettes pour nous éclairer à nouveau. Et puis ça passera. Du moins, d'autres approches auront le vent en poupe et nous surferons de traditions en traditions, cherchant l'illumination sous toutes ses formes, picorant des idées, des philosophies chez les sages du monde entier. Je crains que les gourous des temps modernes soient davantage des experts en marketing et communication que des êtres pénétrés de sagesse et d'enseignements.

Chacun s'appuie sur une vérité, celle des neurosciences par exemple, nouvel outil "incontestable" puisque scientifique pour "expliquer" sans débat possible ce qu'est la conscience. De la même façon, la physique quantique, habilement maniée et légèrement manipulée servira de caution bien pratique à des approches parfois douteuses ou légèrement tirées par les cheveux.
Des mots apparaissent, des concepts fleurissent, de nouvelles collections comme dans les étagères de nos boutiques de vêtements. Le monde de la spiritualité est si riche d'ouvrages, de livres, de conférenciers, de films, d'oracles, de podcasts... Cela me donne le tournis. Personnellement,  j'ai l'impression d'être resté bloqué en décembre 2012 quand le monde devait s'effondrer. Depuis, chaque année réserve son lot de nouveautés, de pratiques et d'approches. Un chamane chasse l'autre et le monde de l'édition bat tous ses records de vente. Nous n'aurons jamais autant consommé pour nous illuminer. Quel paradoxe...

Et pourtant, derrière cette frénésie, se cache une quête juste, une profonde volonté de renouer avec l'harmonie, de trouver la paix, souffler, mieux se retrouver et vivre son épanouissement. Simplement.
Deux mille ans en arrière, ou au fond de l’Amazonie, je ne crois pas que les sages aient prôné l’accumulation des connaissances ou des objets. Leur enseignement relevait plutôt de l’art du dépouillement, de celui du silence. Revenir à ce qui, en soi, n’a besoin ni de paillettes, ni de preuves, ni de promesses. Juste une présence, ordinaire et vivante, où l’équilibre ne se vend pas mais se cultive.

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    Auteur

    Pierre Denier - Fondateur du Cabinet Anima - Hypnose Angoulême, spécialiste des thérapies brèves, PNL, Hypnose Ericksonnienne, EFT, EMDR, coach, formateur de coachs, conférencier, blogueur (www.conseil-emploi.net), membre de Mensa et surtout, heureux mari et père :)

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