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On peut poser n'importe quelle question à l'IA, elle répondra toujours. Quel temps fait-il ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi dit-on "avoir une mémoire de poisson rouge" ? Une réponse basée sur l'exploration d’une multitude de données, des calculs, des statistiques, une probabilité plus ou moins fine sera transformée en texte. L'IA s'adapte aux demandes et oriente son approche selon nos préférences. Peu de contradiction, souvent de l'encouragement et puis, petit-à-petit, l'enfermement dans un monde assez attendu, probabiliste dirons-nous.
Dans ma toute puissance, j'obtiens des réponses correspondant à mes appétences. Réponses que je ne vérifie pas souvent. Réponses qui me conforte dans mes demandes. Baignant dans un environnement partiel, je n'accède que trop peu à la contradiction et m'enferme dans une vérité douteuse. Je rejoins ceux qui pensent comme moi, et refuse toute altérité. L'autre a tort puisque j'ai raison. L'autre a tort puisqu'il n'a pas obtenu la même réponse que moi. Les sectes fonctionnent selon le même principe. Un filet se referme sur des personnes, souvent vulnérables, pouvant faire l'objet de manipulation. Prisonnières consentantes, elles développent des mécanismes de dépendance. Les algorithmes des réseaux sociaux appliquent le même principe : créer le communautaire, l'entre soi, une bulle de monde parfait dans lequel je me plonge assez facilement pour souffler, me distraire et oublier le reste. L'IA peut s'avérer être un outil d'ouverture merveilleux et en même temps, un enfermement dans une illusion que je co-crée. A m'enfermer dans des réponses faites sur mesure, je crains d'éteindre - très rapidement - ma capacité à me lier, à moi-même, à ma complétude, au reste de l'humanité. Je n'ai pas fini de demander à L'IA quel est le sens de la vie ! En revanche, me nourrir de dialogues, d'oppositions, de contre-raisonnements pourrait alimenter une conscience plus élargie et la compréhension de l'autre. Aldous Huxley suggérait que quand on voyage, on se rend compte que "tout le monde a tort". "En quoi ai-je aussi tort ?" pourrait devenir une question essentielle à poser à L'IA générative. J'ai pas raison ?
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Avez-vous vu "Aucun autre choix" de Chan Wook ? Un film construit autour du roman de Donald Westlake : "Le couperet". Imaginez un monde merveilleux, une belle maison, des enfants épanouis, deux chiens, des voitures confortables, un couple heureux. Lui est contremaître dans une fabrique de papiers techniques, elle s'occupe des enfants. Tout va bien jusqu'au jour où il perd son emploi. C'est un spécialiste, un fin technicien qui a consacré 25 ans de sa vie à produire les meilleurs papiers qui soient. Les dettes s'accumulent, le train de vie s'effrite, bientôt, la vente de la maison est envisagée. Les heureuses habitudes disparaissent et très vite, Man-Soo imagine une terrible stratégie pour dénicher l'emploi rêvé dans son domaine de prédilection.
Man-Soo, c'est un peu moi, nous. Dans nos certitudes, nos représentations. Au monde, aux autres, aux voisins, à soi-même. On se construit sur des histoires familiales, des expériences accumulées, dans un contexte social qui imprègne nos décisions. On suit le cours de sa vie, en adoptant des attitudes, en faisant des choix qui "vont de soi". On se raconte une histoire, celle de son identité, de sa personnalité. On se définit autour de possessions, d'activités, d'apparences. On se désigne, comme étant ceci, ou cela. De grands sages éveillés parleront de l'illusion de l'égo, de l'emprisonnement dans une altérité réductrice. Les choses étant ce qu'elles sont, peut-être est-il aussi discutable de balayer d'un revers de main notre humble condition d'être humain… Mais c’est un autre sujet ! Revenons à Man-Soo. Enfermé dans sa certitude, celle du sens de sa vie, celle de son utilité sur cette terre, celle de ses appétences professionnelles, il recherche toute issue à sa situation, qui puisse concilier chacune de ses vérités. Malheureusement, résoudre la quadrature du cercle nécessite d'arrondir les angles et de sacrifier quelques pans de ce qu'il croyait intangible : sa moralité. Pour rétablir sa vérité, il a dû sacrifier sa moralité. Pour survivre, il a dû se mentir et se séparer de lui-même. A titre personnel, j'y vois là un bon exercice de réflexion : sur quels mensonges est construite ma vérité ? Feuilleter le dictionnaire, ça se fait encore ? Tourner les pages au hasard et lire toute une ribambelle de mots... "oxalate, oxalide, oxalique, oxer, oxford, oxhydrique"... Quel drôle de voyage ! Bien sûr, cela demande une organisation. On ne feuillette pas un dico comme on éplucherait la presse people. L'objet nécessite une installation. Lourd, courtaud et massif, il se pose sur une table, sur des genoux. On prend son temps. Impossible de le tenir dans une seule main, volumineux et encombrant, il en impose, tout en charisme et en puissance. Nous sommes bien loin de la légèreté d'un téléphone !
En tournant les pages, cherchant sans chercher, l'index glisse sur des mots jusque-là inconnus. Sous la pulpe des doigts, l'ignoré se fait connaître. Et le lecteur devient aventurier, un explorateur du savoir, de la culture et du vocabulaire. Parce que lire un dictionnaire convoque l’humilité face à la vastitude des possibles, des univers, de l'entendement. On mesure alors l'étendue des ressources à mobiliser pour exciter sa curiosité et sa compréhension du monde. Oui, il faut de l'appétit pour lire un dictionnaire. Se faire gourmand pour s'attaquer à 2000 pages, 60000 noms communs, 30000 noms propres. Un Himalaya à lire, par petits pas, par petits sauts. Et puis cultiver la délicatesse, pour entrer dans les subtiles nuances. On n'est jamais obèse de ses mots. Au contraire, plus on en manque, plus on se remplit de vide. Bien sûr, il faut renoncer à toute idée de rendement intellectuel, toute notion de retour sur l'investissement. Non, on ne lit pas un dictionnaire par utilité. On découvre, on grapille, on chine, on s'étonne et on s'émerveille. Il est possible que jamais plus dans ma vie, je ne lise ou dise le mot "éphédra". Et alors ? Vous ne trouvez pas qu'il chante ce mot ? Qu'il suffit en lui-même, pour lui-même, comme farigoule, kob, mésomère... et tant d'autres trésors. Enfant, les dessins d'anatomie me faisaient rougir. Que n'ai-je rêvé ! Des voyages dans la connaissance, dans l'imaginaire aussi. Des montagnes de savoirs et de culture : cette ivresse des sommets qui étourdit et coupe le souffle. La rivière sort de son lit et le fleuve rugit, emportant dans ses flots, les larmes du ciel et les boues des campagnes en amont. Une masse qui s'étend, envahit les terres. Des barrières, des maisons vides, des meubles en hauteur, des voitures abandonnées, des îles improvisées. Une transformation des paysages et des habitudes. L'eau se répand et s'étale, s'infiltre dans les sols, gorge les fossés. Nous ne savons l'endiguer et observons, impuissants et tempétueux, nos biens emportés par l'onde.
Sur les réseaux, les informations pullulent, un tourbillon tumultueux, des remous en surface, de courtes vidéos pour ne pas lasser, des photos bizarres, des publicités, encore et encore. Une progression implacable qui se répand dans nos jours. Quelques minutes au départ, l'information se transforme en torrent. Ravageur et violent. Du lever jusqu'au coucher, empiétant sur nos temps de rêves, de dialogues, de poésies, empiétant sur nos temps d'amour et de vie. Le cerveau saturé, des images s'infiltrent dans l'esprit et détournent l'attention. Inondés de chocs, de clashs, vite, un peu de répit ! Cherchons la distraction, un souffle dans la plongée sans fin, dans l'univers digital, qui divertit et informe. Informe, comme tout ce qui se répand dans nos structures intimes. Confions nos mots et nos pensées, déléguons nos cogitations et observons, impuissants, l'agitation du monde. Une "digitose" selon Pascal Chabot, vague déferlante que nous amplifions pour lutter contre. Nous devenons ogres, gloutons de sensations, emportés par les flots incessants du digital. Du non-sens au travail, des charges mentales et physiques, des sollicitations, réunions stériles, ressassements et relations difficiles, partir vite chercher le petit à la garderie, les papiers pour l’avocat, toujours cette tension avec l'ex-conjoint, des affaires en souffrance, des objectifs à la croissance, vite, emmener le grand au judo…. Une séparation de soi qui crée des fossés saturés par le quotidien, une submersion si difficile à endiguer. Et lorsque tout déborde, se souvenir qu'il subsiste en chacun un point haut, une terre ferme intérieure pour y reprendre souffle et réapprendre à habiter son monde. Je m'étais noté de regarder l'envol de Sophie Adenot vers l'espace à bord de SpaceX. J’écoutais les décomptes sereins. A bord, quatre astronautes calmes, engoncés dans des tenues blanches, opéraient quelques réglages mystérieux du bout de leur index ganté sur une tablette futuriste. Compte à reboursUn décollage en direct. Soudain, les commentateurs se taisent, chacun retient sa respiration et les battements du cœur se font plus vifs. 45 secondes avant le décollage, plus aucun retour en arrière n'est possible. Silence. Décompte. "On y est, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1...". Les réacteurs crachent des flammes, et lentement, la fusée se soulève dans un nuage de fumées et de vapeur, tandis que les moteurs éructent et arrachent l'engin au sol englué. Un silence persistant, les premières minutes s'avèrent cruciales : est venu le temps de tous les dangers pour ces quatre explorateurs. Je pensais à leurs familles, à la fois heureuses et inquiètes, vivant, à cette heure fatidique, d'intenses émotions. Les explorateurs ont quelque chose de fascinant, de courageux, d'audacieux. Les décomptes épaississent l’atmosphère : égrener le temps qui reste accélère la pulsion de vie. Vite, dépêchons-nous de vivre ! Le génie de Jules Verne dans "De la Terre à la Lune"Cela m'a rappelé une ancienne lecture, "De la terre à la lune" de Jules Verne, je lisais les bras tremblants, l'envol imaginé en 1865... "Qui pourrait peindre l’émotion universelle, arrivée alors à son paroxysme ?" - « 35 ! 36 ! 37 ! 38 ! 39 ! 40 ! Feu !!! -....- Une détonation épouvantable, inouïe, surhumaine, dont rien ne saurait donner une idée, ni les éclats de la foudre, ni le fracas des éruptions, se produisit instantanément. Une immense gerbe de feu jaillit des entrailles du sol comme d’un cratère..."
Jules Verne l'avait imaginé, et nos cœurs battaient en créant des décors futuristes dans nos pensées sans limites. Aujourd'hui, mon cœur bat tout autant, en observant la réalité crue, à la fois proche et si lointaine du fabuleux roman. Peut-être que l’exploration spatiale ne mesure pas la distance aux étoiles, mais la fidélité de l’homme à ses rêves : que l’envol soit rêvé ou vécu, le cœur ne distingue pas la fiction du réel lorsqu’il s’élance vers l’infini. Qualité de présence et pleine conscienceIl existe beaucoup de courants spirituels prônant la pleine conscience. Vous savez, cet accueil inconditionnel de tout ce qui est, en soi ou autour, une attention douce et non jugeante, aux pensées qui traversent l'esprit, aux émotions, à l'environnement. Bien sûr, quand j'observe attentivement ce qui est, en moi et autour de moi, j'oublie aussi, ce sur quoi je ne prête pas attention. La pleine conscience n'aurait donc rien à voir avec la quantité d'informations captées à chaque instant, mais davantage avec la qualité de présence et d'accueil de ce qui vient. Une qualité de présence qui ne s'attache pas, qui laisse passer sans s'accrocher. L’esprit Tefal, quoi. Que pourrait être l'opposé de la pleine conscience ?Je me suis demandé ce que pouvait être l'opposé de la pleine conscience. Une conscience vide ou creuse ? Une pleine inconscience, quelque chose d'automatique, d'instinctif auquel on ne prête plus attention ? De temps en temps, j'aimerais bien vivre en pilotage automatique, ne me poser aucune question, ne m'accrocher à aucune peur... Ce serait reposant ! On appelle ça souffler, mettre son cerveau sur "off" et je connais beaucoup de personnes qui aimeraient bien vivre cet état d'inconscience plus souvent. Vouloir vivre en pleine conscience ? Vraiment ?Il est possible que nous passions notre vie à alterner les états de pleine conscience et les autres... Sans le maîtriser vraiment, sans en avoir forcément pleinement conscience. Dans un cas, il faut s'accrocher à la volonté de vivre une expérience de pleine conscience pour ne plus... s'accrocher à ce qui est. Dans un autre, vivre l'expérience "d'être" pour ne plus subir tout ce à quoi on ne prête pas assez attention.
Quel paradoxe, se concentrer sur ce qui est, sans volonté de le maîtriser, pour sortir de l'absence de contrôle, de l'absence de conscience qui teinte certains pans de nos vies. Au fond, je crains que pour connaître la pleine conscience, il nous faille oublier de vouloir la vivre. Ça devrait passer tout seul... De jolies pousses dans le jardin, les jonquilles, encore timides, sortent de la terre sombre. Des traits verts, tiges droites, enveloppant le délicat dont on devine l'éclat jaune. "Ce sont les beaux jours !" Une exclamation qui excite les neurones, ouvre le cœur et relâche les tensions. Dans quelques arbres, au bout des branches nues, des bourgeons apparaissent, leurs boutons frêles annoncent le réveil. Même les oiseaux s'égayent, une symphonie matinale accompagne le lever du soleil. "Ce sont les beaux jours !" Un élan de vie, une sève profonde jaillit des entrailles, la naissance de la clarté, du jour nouveau. Nous y sommes ! "Oh les Beaux jours !" - Samuel Beckett"Oh les beaux jours" est aussi le titre d'une célèbre pièce de théâtre de Samuel Beckett. Une femme apparaissait sur scène, de la terre jusqu'au nombril, elle parlait sans que personne ne l'écoute. Invisible, elle disparaissait, ensevelie peu à peu jusqu'au cou. Elle répétait sans cesse "Oh les beaux jours " tandis que le temps faisait son œuvre... Tragédie ironique, Beckett évoque ici le combat contre la mort, contre la mémoire qui s'efface tout en dénonçant un monde absurde et stérile. Et bien justement, ce combat commence ici, dans mon jardin, à observer les jonquilles pousser et comme Winnie dans la pièce, continuer de s'émerveiller et de célébrer ce qui vit, ce qui pousse, en dépit de la réalité souvent absurde qui nous entoure. Ce sont les beaux jours ! Mantra de Hannah Fry"Ce sont les beaux jours ! Ce sont les beaux jours !". Il paraît que certaines phrases, répétées, modifient l’état intérieur. Qu’elles finissent par ouvrir une brèche, même infime. Une expression qui rend heureux, qui insuffle la joie selon Hannah Fry, célèbre mathématicienne qui s'est penchée sur les énigmes du quotidien, de l'amour notamment. Se répéter ce mantra pour maintenir, tant que possible, un état positif. Personnellement, je n'ai pas besoin de me le répéter, je regarde les plantes pousser, je ressens la douceur de l'air, j'observe les grues dans le ciel, je mesure l'allongement des journées et... tout va bien. A ma façon je lutte, je résiste. Dérisoire sans doute. Mais si précieux…
La bannette se remplit de brouillons, essais de textes, raturés, chiffonnés, déchirés. Réceptacle de mes espoirs, de mes idées, de tentatives d'exprimer un jaillissement, ma petite poubelle de bureau me connaît mieux que personne. Fidèle compagne depuis des années, elle accueille mon impitoyable sélection de mots, de phrases et accède aux cheminements tortueux de mes pensées.
Si je devais lui donner un nom, je l'appellerais Dorine, la confidente de Mariane dans le Tartuffe. C'est vrai que ma bannette est silencieuse mais je plonge souvent à l'intérieur pour récupérer un morceau de papier malmené par mes humeurs. Un miroir, elle me renvoie mes errements, mes doutes, des lambeaux de possibilités, abandonnées, pour certaines, bien trop tôt. Je note beaucoup au crayon, des bouts de dialogue, des phrases, des citations, des questions surtout. Un brouhaha intérieur déposé à terre, dans ma fidèle décharge. Comme une délégation salutaire d'un trop plein que je ne peux contenir. Des papiers froissés, blancs, parfois de plus petits colorés, contenant des listes de disques à écouter, de livres à consulter, de calculs savants, de citations notées au gré de pages avalées. Un magma d'effervescence, un bouillonnement refroidi et soulagé par sa précieuse utilité. Des informations griffonnées au cours d'un échange, des "toutes douces listes", cochées et terminées. Elle contient la masse de pensées, d'humeurs, de réflexions, d'idées que j'ai voulu retenir, garder quelque part pour m'en souvenir... et je la cache, sous le bureau, comme un objet vil qui ne mérite pas sa place. Quel paradoxe, elle reçoit la complexité, l'incertitude, et je la bannis, loin des yeux, du regard pour ne garder qu'une version toute propre, immaculée, simple, presque trop simple. La poubelle est un merveilleux outil alchimique, faire du bouillonnement complexe, une oasis de simplicité. Comme quoi, la clarté n’est pas première. Elle naît du désordre mis à l’écart. La bannette ne cache pas la pensée : elle la rend possible. Au fond, penser, n'est pas supprimer le désordre, c'est plutôt lui trouver une place. 3 min.
Au-dessus des articles en ligne, fleurissent de petits chiffres. Pas des nombres, seulement des chiffres compris entre 1 et 9. Des chiffres, quoi. Ils annoncent le temps de lecture estimé du texte concerné. A peine le temps de lire un titre accrocheur, d'avaler une photo, qu'il me faut juger en un rien de temps, s'il s'avère utile de consacrer 4 minutes ou non, au développement d'une information. 4 minutes ? Pfff, trop long ! Next ! Pas de chance, l'information suivante est précédée du chiffre 6... 6 minutes de lecture, 6 minutes de concentration, la plaie, moi qui ai tant besoin de souffler ! Imaginons que dans les librairies, les livres, romans et essais soient assortis du temps de lecture moyen. Un nombre exprimé en heures ou en centaines de minutes, là, juste à côté du nom de l'auteur. Ainsi, “Les Misérables” de Victor Hugo serait illustré par la mention 1350. 1350 minutes environ pour lire les trois tomes de l'œuvre. “Guerre et Paix” de Tolstoï flirterait avec les 2000 minutes, tandis que “L'étranger” afficherait un modeste 250. Et quoi... 4 minutes me font fuir ? C'est trop long pour moi ? Mais à quoi suis-je en train de renoncer ? A l'utilisation de mon cerveau, à l'accès à une connaissance plus approfondie, plus nuancée, au renforcement de mes capacités de réflexion ? Évidemment, un temps de lecture n'est qu'une infime partie des temps bien plus vastes de résonances, de souvenirs qui vivent longuement dans nos mémoires, de compréhension durable d'un monde complexe. En utilisant une analogie, ce temps est un actif, un investissement personnel dont l'écho se fera sentir très longtemps après ces quelques minutes de lecture. Suis-je prêt à investir dans la compréhension d'un monde plus vaste ? Suis-je prêt à l'ouverture, à la surprise, à l'altération de mes certitudes ? Ai-je le désir de nourrir la connaissance, la réflexion approfondie, la nuance ? Ou vais-je me gaver de titres et de vidéos distrayantes pour accéder au monde et y trouver ma place ? Ce chiffre, discret, inutile, pose la question du choix : à quoi vais-je décider de consacrer mon temps, mon énergie et mes croyances ? Pilule rouge ou pilule bleue ? |
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